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The Craftmen Club - Interview - 29.11.2017Image (2017)

Des huîtres, du blanc… les conditions d’interview sont plus que décentes. Je n’en demandais pas temps mais ici, au Vauban, on sait recevoir Voilà quelques années que nous suivons les Craftmen Club, formidable groupe rock originaire de Guingamp. Une vraie culture rock, quatre albums et une valise de dates à chaque fois, ce soir on parle de Colores qu’ils sont venus défendre au Vauban avant les Burning Heads.

 

Rocklg : Ma première rencontre avec les Craftmen remonte à l’Olympia en 2005, en première partie de Matmatah. Vous m’aviez vrillé les oreilles (rires) ! Merci les gars ! Ça vous rappelle quoi ?

 

Steeve : C’est drôle, on faisait ça il y a 15 ans et le WE dernier on était encore avec eux, au Liberté à Rennes… C’est un peu une boucle qui revient, c’est marrant. On est l’éternel groupe de première partie de Matmatah ! (rires) Je me souviens quand on nous a proposé de faire la première partie à l’Olympia. On était à Guingamp… et on nous propose l’Olympia ! 

 

Yann : Ça avait fait les gros titres dans les journaux à Guingamp !

 

Steeve : C’est surtout que c’est une super salle qui a un son génial, c’est la salle parfaite.

 

Yann : Mais ça ne vaut pas le Vauban (rires) ! Ici c’est l’Olympia Brestois…

 

Rocklg : Comment se passe les premières semaines de sortie de Colores ?

 

Steeve : C’est cool , il y a de bons retours, on commence la tournée, ça se rôde, on essaye des trucs… Il y a des titres qui sont nouveaux à faire sur scène donc on a une approche différente avec le public. Non, c’est cool ! Les critiques sont bonnes, c’est encourageant.

 

Rocklg : Après avoir sorti Eternal Life, que nous avions qualifié sur Rocklegends de « grand album anglo-saxon, urgent, terrifiant et ultra-maîtrisé », Colores conserve l’atmosphère mais vous met un peu à poil… notamment avec le français. Vous ressentez déjà un changement sur scène ?

 

Steeve : Oui et non. Ça commence à faire partie du groupe. C’était vrai quand on les a enregistrées. Mais maintenant, on commence à s’habituer à l’oreille… ça devient assez naturel. Autant c’est notre langue, autant avant ce n’était pas naturel. C’est une continuité, on devait arriver à ça. Aujourd’hui, le public, psychologiquement, écoute vraiment. On commence le set avec « La Route » puis on enchaîne sur des titres en anglais et quand on revient au français, on voit qu’on tient bien les gens. On n’a pas forcément besoin de trop s’agiter sur scène, on les tient rien qu’avec la langue.

 

Rocklg : Il y a quelques années, lorsque je demandais à Romain Humeau d’Eiffel pourquoi il n’écrivait pas plus en anglais, il m’a répondu « On ne peut pas aller jusqu’au fond des sentiments et attractions humaines en anglais »… quand ce n’est pas notre langue natale. Vous en êtes arrivés au même constat ?

 

Steeve : C’est carrément ça ! Tu ne peux pas aller vraiment au fond des choses quand ce n’est pas ta langue. Parfois on trouve, nous en France, que les paroles des groupes anglais sont un peu simples. Mais en fait, ça veut dire beaucoup de choses pour les anglais. On n’a pas le second sens de ses paroles car on réfléchit bien entendu en français. Tu peux difficilement raconter une histoire quand ce n’est pas ta langue. A part si tu es entièrement billingue. 

 

Rocklg : Vos deux premiers disques avaient de vraies influences américaines, John Spencer, Gun Club et vos deux derniers délaissent un peu l’essence garage pour un son plus anglais, plus froid. Qu’est-ce qui a marqué ce virage ?

 

Yann : On est français. Au final, on a des influences de partout. Angleterre, Etats-Unis, ça passe aussi par la Belgique… et tout se mélange.

 

Steeve : Colores, c’est une autre approche. On travaillait avant avec Scott Greiner qui produit vraiment beaucoup plus. Là on voulait faire un peu plus vrai, moins produit, plus live. Pour « Le Lustre » par exemple, j’ai envoyé le Pro Tools à Jim Spencer. Il m’a dit « Qu’est-ce que je fais ? ». Je lui ai répondu « Ce que tu veux ». Il a juste mis du volume, il n’y a rien de rajouté, c’est brut.

 

Rocklg : 18 ans que vous êtes ensemble (au moins pour Steeve et Yann) et 4 albums. C’est compliqué de créer quand on a d’autres métiers à côté ? Dans les années 70, on était plutôt sur la sortie d’un album par an…

 

Yann : C’est marrant les années 70, on en parlait avec notre régisseur. Franck Zappa qui pondait des albums de partout mais au final sur 80 albums qu’il a fait, combien sont vraiment bons ? Au final, tous les 4 ans, ce n’est pas si espacé que ça…

 

Steeve : On pourrait aller plus vite en faisant toujours la même chose…

 

Yann : … oui et là, aucun intérêt !

 

Rocklg : Quels sont les projets live du groupe dans les prochains mois ?

 

Steeve : Ça dépendra des retours… et ça a toujours été comme ça. On sort l’album, on fait la tournée de sortie et puis après on voit où ça va. On a un clip en préparation. Après, le tourneur travaille encore, c’est un peu tôt pour les dates. 

 

Rocklg : Quel est votre rapport avec la presse aujourd’hui ? Ce n’est pas toujours simple quand on est un groupe de rock en France ?

 

Steeve : Quand je vois les magazines, c’est énormément concentré outre atlantique. Je reprendrai ce que disait Indochine, comme quoi il y a une espèce de snobisme concernant les groupes français. Avec la presse pro… heureusement qu’il y a les webzines, les blogs, les sites indés car c’est très dur d’avoir un article dans les gros magazines. C’est difficile de toucher le Graal des Inrocks, Rolling Stone… c’est fermé pour nous, c’est mon impression. C’est un peu décourageant mais en même temps on fait sans. C’est sûr qu’avec le net, un truc se passe. C’est super bien et en même temps c’est aussi dommage car les gros magazines devraient propulser un peu plus les groupes français. Regarde, Burning Heads (qui est la tête d’affiche du soir, NDA), ça fait 30 ans qu’ils tournent et on ne parle jamais d’eux. Pour moi, c’est un groupe important de la scène française !

 

Rocklg : Question traditionnelle : dans l’idéal, on vous souhaite quoi pour la suite ?

 

Steeve : Une longue vie ! (rires)…

 

Yann : Un peu moins galérer et que ça roule tout seul. Mais jouer de la musique, c’est déjà un rêve !

 

Merci les gars, alors longue vie. Et après le concert du soir, on imagine très peu les Craftmen s’arrêter là.

 

Propos recueillis par Jean

 

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